A paraître dans la revue Aube, recueil de solutions écologiques, no24 - www.laplumedefeu.com :
Malgré la grisaille qui recouvrait Montréal le 29 mai dernier, il semble que rien n’aurait pu empêcher les quelques 500 manifestants qui s’étaient réunit autour d’une fanfare pour célébrer l’inauguration du premier Centre Social Autogéré (CSA) à Pointe‐ ‐Charles. Situé sur le bord du canal Lachine, dans un quartier où plusieurs bâtiments industriels sont laissés en friche, le CSA s’est engagé dans la tâche de reconvertir une ancienne manufacture de chandelle pour y emménagé un centre public offrant gratuitement des services de logement, d’alimentation et de transport à la disposition de la population locale. Cette première occupation aura durée une vingtaine d’heures avant que les quelques 30 squatteurs ayant assurés la permanence sur les lieux, soient évincés brutalement par les forces policières. La question de l’autogestion sera donc abordée et tout comme la démystification du concept de squat, comme dans le cas du Centre Social Autogéré.
Le quartier Pointe‐Saint‐Charles regroupe une forte concentration de familles ou d’individus vivant sous le seuil de la pauvreté, comme défini par Statistique Canada. Environ 42% de la population locale vit dans des logements sociaux, soit HLM, Coop d’habitation, OSBL, ou autre ; et environ 50% des individus vivent de l’aide sociale. Le centre social autogéré répondait donc à un besoin, par la mise sur pied d’une zone de gratuité, mais visait également à contrer le projet reconstruction des lieux pour donner place à deux tours de six étages de condominiums, restreignant ainsi le libre accès au canal Lachine pour la population. Le Centre Social Autogéré se veut un espace publique et s’est doté d’un code de vie qui stipule que la consommation d’alcool sera interdite après les heures d’ouverture du bar et que la consommation de drogue est proscrite à l’intérieur du bâtiment, tout comme la présence d’animaux.
A l’origine, c’est le comité la Pointe libertaire qui avait lancé l’idée d’ouvrir le centre social autogéré en 2007. D’ailleurs, plusieurs personnes font parties aujourd’hui ces deux collectifs distincts. Dans le cadre de l’ouverture du Centre Social Autogéré, une cinquantaine de bénévoles ont travaillé afin de concrétiser ce projet social. Durant les réunions, il y a recherche de consensus dans la prise de décision au sein du collectif. De plus, la question d’autogestion est essentielle au sein du groupe, qui prône des structures décisionnelles horizontales et égalitaires. À la base, l’autogestion signifie la gestion de soi‐ même. Les décisions sont donc prises par l’ensemble des personnes qui constituent la structure du groupe. Ce système décisionnel abolit, en quelque sorte, la hiérarchie et les inégalités sociales marquées par les concepts clivagés de “dirigeant” et de “dirigé” ou qui les sous‐tendent, tant aux niveaux économique, politique, idéologique, ou autre. Il convient d’ajouter que l’autogestion se caractérise également par une pluralité d’outils décisionnels, de structures ou de finalité.
Quand on sait que la crise du logement touche une majeure partie de la population, il semble évident qu’une utilisation judicieuse de lieux inoccupés pour le bien être publique est tout à fait logique et nécessaire pour mettre fin à ce paradoxe. Malgré la légitimité des intentions du Centre Social Autogéré, ouvrir un squat demeure une occupation a priori illégale des lieux. Lorsqu’on aborde la question des squats, différentes connotations s’insèrent dans l’imaginaire populaire. D’abord, le squat est l’action de s’installer dans un lieu inoccupé sans avoir de bail, sans payer de loyer et sans être propriétaire des lieux. En principe, ce terme est apparu au XVII avec l’occupation illégale de terres britanniques par les Digger, des paysans regroupé autour de Gerrard Winstanley. Depuis, différentes finalités ont motivés toutes sortes d’individus ou de groupes à habiter dans des squats : des artistes à la recherche d’ateliers, des immigrants en transitions, des étudiants financièrement précaires, des militants libertaires, des voyageurs à recherche d’expériences et de rencontres, des organisateurs d’événements underground, des toxicomanes sans‐ abris, etc. Depuis les années ’40, le nombre de squats s’est multiplié en Europe. Par exemple, Barcelone compte aujourd’hui une centaine de squats renouvelés constamment. Par ailleurs, en France la loi Besson est venue s’interposée en 1990 à celle de réquisition des logements vides qui visait à régulariser les squats en 1945, dans la période de l’après‐ guerre, perpétuant dorénavant l’illégalisme de résider dans des bâtiments désertés. Certains occupants des squats sont même en faveur de négocier leur droit d’occuper les lieux avec les propriétaires ou le pouvoir public en place, ce qui peut participer à marginaliser davantage ceux qui le sont moins. De plus, certains squats obtiennent leur légalité par la force de leurs actions, c’est‐à‐dire les manifestations, les regroupements, l’appui social, l’occupation de la mairie, etc. En fait, les squats emmènent généralement beaucoup des bienfaits culturels, idéologiques et socio‐politiques, tout en répondant à des besoins, en réaménageant des espaces souvent délabrés, en proposant une diversité à l’image de l’humanité et en créant un système économique alternatif.
Enfin, l’utilisation publique responsable devrait selon moi prévaloir sur la propriété individuelle soutenue et encouragée par le système capitaliste. La remise en question des fondements du système et des valeurs de la société est directement liée avec l’action de squatter. Il faudra néanmoins attendre avant de célébrer l’ouverture du prochain Centre Social Autogéré à Pointe‐Saint‐Charles. Mais la lutte continue. Et, tant qu’il y aura de l’injustice et des inégalités sociales, il y aura des regroupements pour proposer des alternatives de vie et rétablir l’équilibre.
Pour obtenir plus d’informations au sujet du Centre Social Autogéré, pour connaître la suite des événements survenus depuis la rédaction de cet article, ou pour entrer en contact avec le groupe, visitez le site internet suivant : www.centresocialautogere.org.
Rédaction : Julie Deschênes‐Renaud