Marco Bélair-Cirino
Édition du samedi 30 et du dimanche 31 mai 2009
Plus de 500 résidants du quartier Pointe-Saint-Charles ont procédé hier soir à l'inauguration du «premier centre social autogéré à Montréal», situé dans une ancienne fabrique de chandelles abandonnée qui a pignon au 2985, rue Saint-Patrick.
«Il s'agit d'un jour historique. Face à la logique du profit qui nous dépossède à chaque jour un peu plus de nos espaces de vie, nous allons résister et aller occuper un bâtiment pour y installer le centre social autogéré», a lancé la porte-parole du centre autogéré de Pointe-Saint-Charles, qui s'est elle-même baptisée Séna Grand'Maison, devant plusieurs centaines de personnes prises d'enthousiasme rassemblées au parc Saint-Gabriel, en fin d'après-midi, non loin de la station de métro Charlevoix.
Les initiateurs de ce projet résolument anticapitaliste entendent mettre sur pied un vaste programme d'activités sociales, culturelles et politiques. «Les centres sociaux s'appuient sur des valeurs de partage, de récupération créative et d'autonomie plutôt que de compétition et de profit», a expliqué Séna Grand'Maison, accompagnée de son tout-petit douillettement installé dans un porte-bébé en bandoulière, et ce, tout juste avant de donner le coup d'envoi de la manifestation qui a présidé à la prise illégale du 2985, rue Saint-Patrick vers 20h hier.
«Nous sommes sur les lieux, autour de l'endroit qui est occupé. Des discussions ont été faites avec des responsables», a indiqué au Devoir le porte-parole du Service de police de la ville de Montréal Olivier Lapointe sur le coup de 21h. Ce dernier ne rapportait aucune arrestation.
Six projets
Six projets autonomes ont déjà signifié leur intention de s'enraciner à l'intérieur du centre autogéré de Pointe-Saint-Charles. L'établissement, qui, selon les voeux de ses propriétaires, doit être transformé en condominiums, accueillera d'ici peu entre autres un centre de médias indépendants, un bar-spectacle, un cinéma itinérant, un collectif nommé «Tubes digestifs» qui vantera les mérites de la permaculture et le groupe Vélo libre, qui mettra à la disposition des résidants du quartier des vélos et offrira un service de réparation de vélos, a promis Séna Grand'Maison. «Ces projets-là ne sont pas exclusifs. On appelle à ce qu'ils se multiplient, à ce qu'ils éclatent. Tous nos espaces de vie peuvent être investis», a-t-elle affirmé.
L'ouverture officielle est prévue pour ce soir 20h, si, bien sûr, le SPVM n'expulse pas d'ici là les occupants.
Séna Grand-Maison, qui dénonce l'embourgeoisement de Pointe-Saint-Charles, dit travailler d'arrache-pied depuis deux ans à la concrétisation de ce projet qui «n'est pas une oeuvre de charité, [mais] un projet de justice sociale».
Le projet de centre autogéré de Pointe-Saint-Charles a reçu l'appui de quelque 75 organisations, notamment le Front d'action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU) et le Regroupement des comités de logement et associations de locataires du Québec (RCLALQ).